Résumé du travail effectué par le groupe « sous-bois »

1/ Réflexions

La première réflexion faite par le groupe est que cette notion de « c’est pour ton bien » a peut –être été réduite à son aspect négatif lors de cette matinée, alors qu’elle recouvre également beaucoup d’aspects positifs…

Nous remarquons que chacun a sa propre vision de la définition de cette phrase, qui peut-être utilisée comme une provocation pour susciter des réflexions. Quoiqu’il en soit, il semble que beaucoup de services travaillent en se basant sur le concept du bien du jeune, sans pour autant avoir recours explicitement à cette phrase. Lorsqu’on utilise cette phrase, cela peut être dans le but dejustifier une décision ou pour clôturer un débat. Par exemple, les déléguées au SAJ peuvent y avoir recours lorsqu’elles sont à court d’arguments ; cela met un point final aux débats. Donc, lorsque cette phrase est utilisée, elle renvoie à la notion de contrainte. En effet, lorsqu’un enfant est envoyé à un camp scout et qu’il aime cette activité, on ne lui dit pas : « c’est pour ton bien ». Quand on y a recours, c’est qu’une certaine contrainte y est rattachée ! Lorsqu’un enfant est placé en institution, comment est-il possible de lui expliquer que c’est pour son bien qu’on le retire de sa famille ? Ceci est encore plus vrai lorsque l’enfant est très jeune. Existe-t-il un âge en-dessous duquel on n’explique pas et un âge à partir duquel les explications sont données et où l’avis de l’enfant est écouté ? Où est la limite ?

« C’est pour ton bien » nous apparaît comme la résultante des projections de chacun (parents, équipes éducatives, intervenants…), alors que l’intérêt de l’enfant semble plus neutre, plus concret. Nous remarquons, en effet, que les époques colorent de diverses manières cette phrase ; avant, le bien de l’enfant était principalement connoté de façon subjective (ex : une bonne taloche donnée par une bonne sœur dans un orphelinat), alors que l’on va de plus en plus vers la notion de « droits », avec des textes de lois précis…

Cette notion semble s’appliquer différemment aux enfants et adolescents. Il paraît important de laisser l’occasion aux ados de faire leurs expériences, d’être acteurs de leur vie… ce qui ne semble pas tout à fait le cas des plus jeunes. La limite au bien de l’un ne sera pas la même pour un autre. Il n’y a donc pas de règle générale, mais une adaptation à chaque situation particulière, et à chaque moment particulier ! Il faudrait donc garder le lien à tout prix, tout en mesurant avec le jeune les conséquences possibles de ses choix, en se référant aux lois. Il faut parfois que le jeune dépasse les limites pour qu’un travail avec lui soit ensuite possible. On cite l’exemple d’une jeune fille placée qui voulait rentrer à tout prix en famille pour les vacances. L’équipe savait que le papa risquait d’avoir des attouchements envers sa fille, mais a accepté le retour en vacances afin que la jeune soit confrontée à la réalité. Après avoir fait cette expérience négative, elle a pu faire le deuil d’un retour en famille et le travail de mise en autonomie a pu être mis sur pied.

Lorsque les autorités visent le bien de l’enfant, elles provoquent parfois des traumatismes. Ex ; ces enfants que les policiers sont venus chercher au domicile des parents en défonçant la porte, avec une mère qui s’accrochait à ses enfants… comment expliquer aux enfants que c’est pour leur bien, alors qu’ils vivent un véritable traumatisme ?

Nous nous rendons compte que la notion du bien de l’enfant doit être réfléchie. Cependant, du côté des mandants, on remarque qu’à trop se poser de questions, on risque de fragiliser la position des déléguées. Plus la position du mandant sera floue envers la famille, cherchant à ne pas blesser les uns et les autres, plus la famille aura un signal flou, moins le travail sera possible. Les SAJ et SPJ représentent la société, la loi ; il faut que cela soit fait avec une certaine autorité ! Cependant, il ne faut pas donner l’image que le mandant est « celui qui sait » ; il faut adopter une position claire, tout en laissant la responsabilité à la famille, au jeune.

Les services sociaux semblent donc se retrouver coincés entre les intérêts de l’enfant et ceux de la famille. En fin de compte, nous pouvons dire qu’il existe un grand nombre d’intérêts de l’enfant : sécurité, alimentation, affection, lien social… il faut donc les évaluer et les mettre en balance ! (cf la pyramide des besoins).

2/ Conclusions

Il existe une multitude de définitions du bien de l’enfant… sans doute autant de définitions qu’il existe d’intervenants, de parents et d’enfants ! ! ! On peut même aller jusqu’à dire que ces définitions changent également en fonction du moment de la vie de l’enfant ! Il y a également plusieurs intérêts, besoins… pour un même enfant, et il est donc important de pouvoir les évaluer tous et arriver à une gradation de leur importance.

Si nous prenons la phrase « c’est pour ton bien » comme un point de départ pour la réflexion, c’est une bonne chose. Par contre, si on la prend comme une façon de clôturer le débat, elle est perçue par le groupe comme une idée négative !

3/ Evaluation de la matinée

Le sujet

Il n’existe pas une définition du bien de l’enfant ;

Vouloir faire le bien = peut-être faire le pire ;

Importance de recentrer les réunions d’équipes sur le bien de l’enfant, au-delà du discours des intervenants ;

Thème très subjectif, car notre place nous amène à travailler en fonction d’outils bien précis ;

Faire attention à la culture de l’enfant, car il retournera dans son milieu d’origine ;

Ne pas confondre le bien de l’enfant et celui de l’éducateur, lequel peut être heurté par les projets du jeune ;

Sentiment que cette phrase est plus utilisée par les familles que par les intervenants ;

Si on supprime « c’est pour ton bien », il faut trouver autre chose à mettre à la place !

La matinée

Intéressant de découvrir les différents services, leurs points de vues et leur dynamisme ;

Le fait que ce soit des gens de terrains qui aient présentés les réflexions est très positif : cela apporte un point de vue dynamique et concret ;

La possibilité  de rencontrer les services et les mandants est très appréciée ;

Sujet très intéressant à retravailler en équipe.

Rédigé  par Laurent Craps

Service Le Pas

A propos Laurent Lebutte

Directeur dans l'Aide à la jeunesse depuis 2001, je suis convaincu de l'importance du réseau pour permettre un travail efficace dans notre secteur. C'est ainsi que j'ai accepté la présidence de SyPa en 2013.

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